Suzy JUJU: La Bisexualité est une orientation sexuelle à part entière

« J’aimerais vous parler de ma bisexualité ».
C’est à partir de l’âge de 15 ans, que j’ai commencé à m’apercevoir que j’étais attirée par les deux sexes : Homme/Femme.

Grâce à mon frère (qui était homosexuel), (nous avions 15 ans de différences), j’ai compris que la bisexualité existait bien, car je me posais des questions, il y avait qu’à lui que je pouvais en parlé, car on se comprenait l’un et l’autre. Pas possible d’en discuter avec les autres frères et sœurs, surtout pas avec mon père, ma mère le savait, elle approuvait ma bisexualité sans soucis. Le déclic a été au Lycée pour ma prof principale de Restauration Hôtellerie, c’était une attirance envers elle dès le 1er jour et c’était réciproque. Nos regards furent assez intenses et discrets. C’est au
3e jour qu’elle fut le 1er pas envers moi en me demandant à la fin du cours, si je voulais bien faire du baby-sitting chez elle pour garder ses 3 enfants un week-end sur deux. Je lui répondis « oui » avec un grand sourire qui en disait long… J’avais dû demander l’autorisation à mes parents, qui ont accepté.

Le week-end fut une révélation pour nous deux. Pour elle et moi c’était la 1re fois que nous avions une histoire d’amour au féminin. Nous faisions attention pour être discrètes envers son mari, qui n’était pas au courant, ainsi qu’envers ses enfants et au lycée aussi.

Puis, un jour en pleine récréation alors que j’étais restée avec elle en classe, une autre prof nous a surprises en train de nous embrasser. Malheureusement, cela nous a coûté une convocation chez le proviseur. Nous avons été mises à pied l’une et l’autre. Par la suite, on nous a demandé de faire un choix sur notre orientation professionnelle, car le proviseur ne pouvait pas garder les deux. Elle m’a annoncé qu’elle préférait que je reste au lycée et elle demanda sa mutation avec grande tristesse. Notre relation de façon concrète n’a pas duré très longtemps. On s’écrivait presque quotidiennement, mais c’était devenu platonique à cause de la distance. Il y avait un manque, la relation ayant changé, je lui ai donc demandé de rester amie avec elle. Depuis ce jour, nous sommes toujours restées en contact par écrits.

Quelques années plus tard, ma deuxième histoire d’amour se conjugua encore au féminin. J’étais à la recherche d’un boulot dans la restauration. Un soir, lors d’une soirée entre amis/amies dans un restaurant, je l’ai rencontrée. C’était la serveuse et la patronne de ce restaurant. Elle était le sosie de Mylène Farmer… (Étant fan de cette artiste française), mon attirance fut tout de suite pour elle. À la fin du service, elle me proposa un poste de serveuse/barmaid et ainsi qu’être la baby-sitter de son fils de 2 ans. J’ai accepté sans hésiter.

Petit à petit, on s’est rapprochée. Je lui avouai que j’étais bisexuelle. Elle ne prit pas la fuite, bien au contraire, elle me confia qu’elle commençait à avoir des sentiments amoureux pour moi et me demanda si j’étais d’accord pour qu’on aille plus loin. C’était la 1re fois pour elle, qu’elle avait une relation amoureuse avec une femme.

Notre relation dura 1 an. Mon père et une de mes sœurs ne voyant pas cette relation d’un bon œil, me firent du chantage pour que je démissionne et c’est ce que je fis. C’est avec beaucoup de tristesse que je quittai mon boulot. Comme on s’aimait, on se voyait en cachette. Puis il a fallu que je quitte la France pour le travail, pour la Nouvelle-Calédonie. Cela nous a fait mal, on avait du mal à se quitter. Arrivée en Nouvelle-Calédonie au Club-Med (sur mon lieu de travail), elle me manquait déjà, on s’était promis de s’écrire, et un jour elle me fit la surprise de venir 15 jours sur mon lieu de travail, ou elle avait fait sa réservation pour ses 15 jours. Cela a été formidable… Puis le jour de son départ pour la France arriva, cela a été encore une fois difficile, on a pleuré, car elle ne savait pas quand j’allais rentrer en France. J’ai mis 2 jours pour me remettre, et me remettre en question : Je n’avais pas envie de revivre la même chose : On s’écrivait tous les jours, mais nous étions en manque de l’une et l’autre, on en souffrait, j’ai préféré lui dire si on pouvait rester amie l’une et l’autre. Cela lui faisait mal, car je n’avais pas envie de la perdre en tant qu’amie, au fil du temps, elle a réussi à rester mon amie.

Un an après, j’ai rencontré un homme que j’ai aimé et avec qui je suis restée 8 ans. Je lui ai dit de suite que j’étais « bisexuelle », mais que je désirais vivre ma bisexualité de façon simultanée, c’est-à-dire que je pouvais avoir une relation amoureuse avec une femme en même temps que d’être avec lui. Je lui expliquai que j’étais très heureuse avec lui mais qu’il y avait un manque du côté féminin. Il a très bien accepté ma « spécificité » ou ma « différence », comme on veut.

Pendant ma relation avec lui, j’ai fait la connaissance de ma troisième copine. Nous sommes restées 13 ans ensemble. Elle était homosexuelle. Cette relation a été houleuse, difficile dans les premiers temps. Pour elle, la bisexualité n’existait pas. Elle affirmait que c’était juste une phase transitoire et que je n’assumais pas mon homosexualité ! C’était vraiment blessant de voir qu’elle reniait mon orientation sexuelle, ce « entre-deux » qui est invisible encore aujourd’hui.

J’ai mis du temps à lui faire comprendre que j’étais bien « bi » et pas « homo », que j’assumais très bien mon orientation sexuelle et que je désirais avoir dans ma vie un homme et une femme. Puis fin 2010 début 2011, je mis fin à notre relation amoureuse.

En 2006-2007 j’ai fait la connaissance d’un homme avec qui j’ai vécu 3 ans. Je lui ai fait part de ma situation et il a accepté directement de devoir me « partager » avec elle.

En 2011, du côté masculin, ce n’était plus l’amour fou de mon côté envers lui, mais on reste en bons termes et somme restés amis.

Fin 2011, je me suis retrouvée célibataire des deux côtés. J’avais un terrible manque du côté féminin.

L’année 2012 pointa le bout de son nez et j’avais toujours ce sentiment de ne pas encore avoir trouvé l’idéal au féminin, une fille avec qui je puisse vivre ma bisexualité sans être traitée « d’homosexuelle refoulée » ou qui ne me demande pas de choisir « un camp ».

C’est au début du mois de mars que j’ai eu mon 1er coup de foudre pour cette jolie jeune femme, mariée, avec deux enfants, qui est elle-même « bisexuelle ». Elle a la même conception de la bisexualité que moi. Elle était en quête de son « alter ego » au féminin.

Cette nouvelle rencontre est la plus magique et la plus importante de ma vie. Car ce petit bout de femme est « mon rayon de soleil », qui me réchauffe le cœur et qui bat très fort à chaque fois qu’on est ensemble.

Elle a aussi une autre particularité ou différence, comme vous préférez. Elle a un handicap moteur, elle se déplace en fauteuil roulant et à un problème d’élocution.je précise qu’intellectuellement tout fonctionne très bien.

Cela ne m’a pas fait peur. Je l’ai vu comme une femme et non comme une personne handicapée. Mon cœur bat à vive allure pour elle…

Aujourd’hui en 2015, nous sommes toujours ensemble, cela fait 3 ans 1/2, nous conjuguons la vie à cinq : son mari (notre amitié pour l’un et l’autre est toujours présente, avec un grand respect envers l’un et l’autre), ses filles (de 10 ans, de 5 ans), elles sont super-adorables. Je suis leur repère. Nous sommes une famille recomposée, pleine de gaîté, de bonheur, de rire, de joie, et quelques fois des petits pleurs (comme dans toute famille, couple).

Je voudrais dire aussi à travers ce récit :

Qu’il ne faut pas avoir honte de tomber amoureuse d’une personne handicapée.
Qu’il faut franchir les barrières de l’inconnu et laisser de côté nos
Malheureusement, certains de mes amis m’ont tourné le dos, parce que je suis avec une femme handicapée. Ils ont eu des propos blessants comme :

  • « Tu pourrais trouver mieux »
  • « Qu’est-ce que tu lui trouves »
  • « Tu vas être malheureuse avec elle »
  • « Elle va être une charge pour toi »…

Mais tant pis pour ces amis que j’ai perdus et pour « les quand dira-t-on ».

Je terminerai sur le proverbe de Saint-Exupéry qui résume très bien mon état d’esprit : « On ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel est invisible pour les yeux ».

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