geen: Quand on ne veut pas se l’avouer…

Je suis une jeune fille, bientôt 18 ans, et je pense qu’à travers ce récit vous pourrez aisément deviner mon orientation sexuelle.

C’est très récemment que j’ai pris conscience de ma bisexualité, il y a presque deux ans, février 2014, au courant de l’hiver de mon année de Première. J’avais connu auparavant un garçon, qui était ouvertement bisexuel, mais j’avoue que je n’avais pas très bien compris ce dont il s’agissait ; encore moins quand ma mère a décrété que ce garçon était malsain.

J’étais folle des garçons, à tel point que mes ami(e)s me taquinaient, me qualifiant de cœur d’artichaut. J’ai eu plusieurs petits amis avant ce fameux jour, et étais persuadée d’être hétérosexuelle, à 100 %. Pourtant, il m’arrivait très fréquemment de regarder les filles au niveau de leur poitrine, de leurs hanches et de leur cou, et mon cœur s’accélérait, mais je n’identifiais pas ça comme du désir, plutôt comme de l’envie, de la jalousie presque, parce que leurs formes étaient belles et que, entre 12 ans et 15 ans, toutes les filles complexent sur leur corps. Lorsque j’allais dormir chez ma meilleure amie, nous allions à la salle de bains en même temps, et je ne pouvais pas m’empêcher de la regarder se déshabiller.

Ce n’est qu’à 16 ans donc, que j’ai pris conscience de ce qu’il m’arrivait vraiment – et encore, j’ai eu besoin de l’aide de quelqu’un pour m’en convaincre !

En vérité, il avait suffi d’un livre (Apocalypse Bébé, de Virginie Despentes), et puis d’une fille dans la rue. J’habitais encore à Perpignan, et, si vous n’y êtes jamais allés, sachez que, devant la Fnac, il se trouve une grande esplanade, sur laquelle il faut passer, pour aller d’un arrêt de bus à l’autre. Je passai donc sur cette esplanade. Il y avait foule. Je m’en souviens comme si c’était hier. Ça avait été incroyable, on s’était croisées, toutes les deux, et puis je ne sais pas, quelque chose chez elle m’a ébranlée… Si bien que je n’arrivais plus à trouver mes mots… Nous avons tourné la tête en même temps lorsque nous nous sommes croisées. Ses cheveux couleur prune coupés au carré ont volé dans le mouvement de son visage. Sa bouche s’est étirée dans un sourire, et j’ai remarqué qu’elle avait un piercing blanc sous sa lèvre inférieure, à droite. D’habitude, j’aurais trouvé ça vulgaire, mais sur elle, non, c’était noble, gracieux. Ses yeux étaient noirs, noirs, noirs, on aurait pu tomber dedans et s’y perdre, ils étaient comme un abîme. Un magnifique abîme. Je n’oublierai jamais son visage, son regard, et encore aujourd’hui, je prie pour la recroiser. Qu’est-ce qu’elle était belle… Jamais je n’avais vu créature aussi gracieuse, merveilleuse. J’allais jusqu’à m’imaginer son nom, son âge, sa vie, j’me demandais si elle avait une copine… J’étais certaine qu’elle aimait les filles. Je me remémorais le mouvement parfait de son cou lorsqu’elle avait tourné la tête… Pourtant, je ne voulais pas me l’avouer, je me posais beaucoup de questions : pourquoi je l’avais remarqué, pourquoi, la tête appuyée sur la vitre du bus, je la revoyais, encore et encore, pourquoi des frissons m’envahissaient, pourquoi mon cœur battait à tout rompre ?

J’en ai parlé avec mon meilleur ami de l’époque, pour qui c’est apparu comme une évidence. « Tu es bisexuelle » qu’il m’a dit. Et ce mot, que j’avais déjà entendu, maintes et maintes fois, a sonné pour la première fois comme une évidence à mes oreilles. Si je devais le remercier pour quelque chose, ce serait bien pour ça : m’avoir fait prendre conscience de qui j’étais vraiment.

Je crois que, si je n’ai pas su me l’avouer seule, c’était parce que mes amis m’avaient « définie » en tant qu’hétérosexuelle. C’était bien connu, dès qu’un garçon me parlait, je devenais toute rouge, je balbutiais et je perdais mes moyens. Avec les filles, c’était plus facile, parce que la société m’a imposé ça.

Quelques mois plus tard, je suis tombée amoureuse d’une fille, qui se cherchait encore, qui ne savait pas si elle était hétéro, bisexuelle ou même lesbienne. J’ai espéré, espéré… pour finalement, comprendre qu’elle se payait ma tête, et qu’il n’y aurait rien entre nous.

Et puis, j’ai fait la connaissance de mon petit ami actuel, avec qui je suis en couple depuis bientôt 10 mois. Et, parce que je sors avec un garçon, alors parfois les gens me disent que je suis hétéro, parce que je ne suis pas en couple avec une fille. Ils me disent aussi que je sors avec lui parce que je préfère le sexe masculin, que ce n’est pas possible d’aimer les deux sexes indifféremment.

J’attends d’être majeure pour le dire à ma famille, parce que ma mère trouve ça malsain, et que je veux être sûre d’être un peu protégée.

Mais une chose est sûre : à tous ces gens qui sont biphobes sans le savoir, je leur dis merde. Nous vivons la vie que nous voulons, essayez de la comprendre avant de poser sur nous vos regards inquisiteurs et méfiants. Essayez de la comprendre également avant de dire « Oh, t’es bi ? Je savais pas ! », ce n’est pas marqué sur notre front.

Une deuxième chose est sûre. À tous ces gens qui sont en pleine hésitation, parce qu’ils ne savent pas qu’aimer les deux sexes n’est pas une abomination, je leur dis : NE LAISSEZ JAMAIS LES AUTRES VOUS DICTER QUI VOUS DEVEZ ÊTRE. Trouvez-le par vous-même.

J’espère que ce témoignage assez maladroit et mal structuré vous aura aidés.

Full love (expression lancée par une youtubeuse bisexuelle, Lysandre Nadeau).

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